Bataille de rentabilité entre Amazon et ses fournisseurs

Soucieux de dégager de meilleures marges bénéficiaires, Amazon s’est lancé depuis quelques mois dans une vaste guerre commerciale avec certains de ses fournisseurs. Son objectif : imposer des prix réduits sur certains types de produits via une diminution de leurs marges bénéficiaires. Amazon utilisant les livres, disques et films comme des produits d’appels, on peut comprendre que cette volonté de renforcer son emprise sur la grande distribution au détriment des marges de profit des fournisseurs passe mal auprès de ces derniers Après Hachette et Warner, c’est donc avec Disney qu’Amazon engage maintenant un bras de fer destiné à le forcer également à réduire ses prix. Et comme Disney n’est pas d’accord, comme vis-à-vis des géants précités, Amazon a procédé à d’importantes réductions des stocks de ces fournisseurs ainsi qu’à la suppression de la possibilité de précommander des articles émanant de ces firmes avant leur commercialisation effective. Une mesure qui peut avoir un impact particulièrement important sur le succès commercial d’un titre, particulièrement pour les nouveaux auteurs.

Auteurs contre public ?

Pris en otages dans une guerre qui ne les concerne pas vraiment, les auteurs ont finit par se faire entendre. Plus de 900 d’entre eux, dont des noms notoires comme Stephen King, John Grisham ou Paul Auster, ont signé, à l’initiative de Douglas Preston, une lettre ouverte publiée sur une page entière du New York Times : lettre dénonçant les tactiques de négociations d’Amazon : « En tant qu'auteurs, pour la plupart qui ne sommes pas publiés par Hachette, nous sommes fortement convaincus qu'aucun marchand de livres ne devrait bloquer la vente d'ouvrages ou empêcher ou décourager des clients de commander ou recevoir les livres qu'ils veulent. » La réponse d’Amazon ne s’est pas fait attendre et a surpris tant par sa mesquinerie que par son audace dans la manipulation des faits et des objectifs. Non content de traiter M. Preston d’opportuniste, Amazon a créé une pétition destinée au grand public présentant, en une lettre ouverte, sa ‘vérité’ sur le sujet et demandant aux gens de faire pression sur Hachette en écrivant à cet éditeur pour signifier leur mécontentement par rapport aux faits avancés… A ce stade, la pétition, dénoncée un peu partout, n’a pas rencontré un vif succès auprès du public.

Un grain de sable nommé Steven Colbert

Animateur d’un show sarcastique à succès diffusé aux Etats-Unis sur Comedy Central, l’humoriste Steven Colbert s’en est également pris à Amazon. Steven Colbert est en effet auteur de quelques livres humoristiques publiés chez Hachette et, sans nul doute, l’allongement de délais de livraison et l’absence de possibilité de précommander ont également nuit à ses ventes. Pointant, très justement, que dans un marché très concurrentiel de tels obstacles peuvent réduire à néant les ventes d’un livre, fut-il excellent, Steven Colbert s’est mis en tête de faire la promotion au pas de charge du premier ouvrage de la jeune écrivaine Edan Lepucki « California ». Arguant qu’il était hors de question de lécher les bottes du monopole voulu par Amazon, il a proposé à ses auditeurs un challenge : faire grimper ce livre dans le top des ventes des bestsellers du NY Times, pas moins. Et cela a marché, « California » étant maintenant non seulement entré dans le top 5 des bestsellers mais est également devenu un des premiers romans ayant connus le plus de précommandes de l’histoire du groupe Hachette. Ou comment rappeler à l’attention de tous qu’au-delà des intérêts égocentriques des multinationales, le public a encore bien son mot à dire…

En France, on proteste également

En interview sur France Inter, Renny Aupetit, directeur du réseau de libraires ‘lalibrairie.com’, se lâche aussi « Moi j'aimerais bien qu'un jour ce soit les internautes qui montent au créneau. Parce qu'en leur promettant de la culture pour moins cher, Amazon est en train de dézinguer complètement la filière culturelle, que ce soit en France ou d'autres pays ! ». Plus loin, il confirme « On sait en France qu'un emploi créé chez Amazon, c'est quatorze emplois détruits en librairie. Donc à quoi ça sert tout ça ? » Ou comment rappeler à l’attention de tous qu’au-delà des intérêts égocentriques des multinationales, le public a encore son mot à dire et qu’il devrait le faire…